Un roadtrip moto en Europe, c’est avant tout un problème de volume et de poids

Dix jours en Pyrénées ou trois semaines dans les Balkans, la question revient toujours au même point de départ : qu’est-ce qu’on emporte et comment on le porte. Un roadtrip Europe sérieux dure entre 10 et 21 jours, couvre entre 3 000 et 6 000 km et enchaîne des profils de routes radicalement différents – autoroute française à 130, col alpin à 2 500 mètres, piste gravillonnée en Albanie. Ce n’est pas le même cahier des charges qu’un week-end en Bretagne.
La contrainte numéro un, c’est le poids. La charge utile d’une moto tourne généralement entre 150 et 200 kg selon les modèles – passager inclus, carburant inclus, bagage inclus. Quand on roule seul avec un plein de 20 litres, la marge est confortable. Mais dès qu’on charge, ça chiffre vite. La plupart des motards qui partent plusieurs semaines emportent entre 40 et 80 litres de bagagerie totale. Trouver comment répartir ces litres entre l’arrière, les flancs et le réservoir, voilà le vrai sujet.
Deux familles de solutions existent : les valises rigides et la bagagerie souple. L’une n’est pas universellement meilleure que l’autre. Tout dépend du type de moto, du profil du voyage et de ce qu’on transporte. Un touriste sur une grosse routière n’a pas les mêmes besoins qu’un baroudeur sur trail qui cherche la piste.
Les valises rigides Givi tiennent la route sur bitume mais pèsent leur prix
Sur une routière ou un maxi-trail, les valises rigides Givi restent un choix qui marche. Les valises latérales de la série V37 offrent 37 litres chacune, soit 74 litres en paire. Le top-case E55 ajoute 55 litres au-dessus de la selle. Un kit complet peut donc dépasser 125 litres – de quoi partir trois semaines sans se priver.
Les forces sont réelles. La résistance aux chocs, l’étanchéité IP des modèles haut de gamme, les serrures intégrées : on pose le casque du passager dans le top-case, l’appareil photo dans la valise latérale droite et on ferme à clé. La protection du matériel fragile fonctionne bien mieux qu’en souple.
Mais les problèmes existent et ils sont concrets. Avec deux valises latérales montées, la moto dépasse souvent 90 cm de largeur totale. En centre-ville de Zagreb ou dans un parking souterrain parisien, ça complique la manoeuvre. Le poids propre des valises vides tourne autour de 3 à 5 kg par valise – avant même d’y mettre quoi que ce soit. Et le budget : un kit complet avec platines peut dépasser 600 à 900€. C’est un investissement, pas une fantaisie.
| Modèle | Volume | Poids vide (approx.) | Prix indicatif | Etanchéité | Praticité ville |
|---|---|---|---|---|---|
| Givi V37 (paire) | 37L × 2 | ~3,5 kg/valise | 200 à 320€ la paire | 4/5 | 3/5 |
| Givi E55 (top-case) | 55L | ~4,5 kg | 180 à 280€ | 4/5 | 4/5 |
| Givi V35 (paire) | 35L × 2 | ~3 kg/valise | 170 à 260€ la paire | 3/5 | 3/5 |
La question de la durabilité compte aussi. Une valise Givi bien entretenue tient facilement dix ans. Elle se revend. Et visuellement, un kit assorti sur une moto – admettons-le – c’est agréable à regarder.
La bagagerie souple Giant Loop s’adapte à tous les cadres, même les plus exotiques

J’ai découvert Giant Loop sur un forum trail il y a quelques années, au détour d’un thread sur les préparations Ténéré. La marque américaine a construit son approche sur un argument simple : pas de platines, pas de perçage, ça tient sur n’importe quelle moto.
La Coyote Saddlebag offre jusqu’à 45 litres, la Diablo Saddlebag tourne autour de 22 litres selon la configuration. Ces sacoches de selle s’attachent au cadre et au support de selle avec des sangles et des passages de sangle pensés pour rester en place même sur piste. Le poids vide dépasse rarement 1 à 2 kg. Une fois retirées, elles tiennent dans un sac à dos de randonnée.
Le vrai point faible, c’est l’étanchéité. Les Giant Loop sont traitées DWR, pas imperméables. Une averse de trois heures sur l’A7 et les affaires au fond commencent à sentir l’humide. Les motards qui roulent longtemps s’équipent de sacs étanches internes. Des sacs Sea to Summit par exemple, ou même des simples sacs congélation pour l’électronique. Diviser les affaires par catégories – vêtements, électronique, consommables – permet aussi de retrouver quelque chose sans vider toute la sacoche sur le bas-côté.
Le prix d’entrée reste accessible : entre 150 et 350€ pour un ensemble complet. Et en cas de chute, une sacoche souple ne se détache pas violemment de la moto. Elle absorbe, elle glisse. C’est un point de sécurité que les motards trail expérimentés mentionnent souvent.
- Utiliser des sacs étanches internes (type Sea to Summit dry bags) pour les vêtements et l’électronique
- Organiser par catégories : une pochette = un usage (vêtements chauds, vêtements techniques, câbles)
- Conserver une housse de pluie extérieure dans la sacoche la plus accessible, pas au fond
- Traiter les coutures avec de la cire imperméabilisante une fois par saison
- Les sacs congélation épais restent une option valable pour les affaires légères – inutile de complexifier
Lone Rider prouve qu’on peut allier souplesse et robustesse pour les cols européens
Lone Rider s’installe dans un segment que Givi laisse de côté et que Giant Loop ne couvre pas : le semi-rigide pour l’aventure moto. La marque a pensé ses sacoches pour les motards qui enchaînent cols alpins et pistes de Balkans sans sacrifier la protection ou la légèreté.
La MotoTail Bag atteint 70 litres extensibles sur la selle arrière. La MotoBag latérale tourne à 35 litres par côté. Les prix vont de 250 à 450€ selon le modèle – entre le souple pur et le rigide complet.
La structure semi-rigide change la donne sur le Stelvio ou le Grossglockner : les affaires ne bougent pas dans la sacoche, la forme reste stable même sur route dégradée. En cas de chute sur gravier – ce qui arrive en Albanie ou en Bosnie sur piste – la sacoche absorbe plutôt qu’elle ne se rigidifie contre le sol.
Cinq situations où Lone Rider s’impose :
- Parcours mixte asphalte + gravier
- Trail ou adventure touring sans platines disponibles
- Voyage solo avec bivouac (volume étendu utile)
- Cols alpins où la stabilité du chargement compte
- Budget intermédiaire qui refuse de choisir entre souple et rigide
Cinq situations où Givi rigide reprend l’avantage :
- Routière pure avec platines constructeur disponibles
- Transport d’électronique ou de matériel fragile
- Voyages en zones à risque de vol (serrures intégrées)
- Passager fréquent avec casque à ranger
- Motard qui valorise l’esthétique et la cohérence visuelle du kit
Les motards qui roulent beaucoup reconnaissent à Lone Rider une vraie qualité de construction et de durabilité. Les finitions textiles résistent bien sur plusieurs saisons. Et l’universalité d’adaptation fonctionne pour ceux qui changent de moto régulièrement.
Rigide ou souple : ce tableau tranche selon votre type de roadtrip
| Critère | Valises rigides (Givi) | Bagagerie souple (Giant Loop) | Hybride (Lone Rider) |
|---|---|---|---|
| Type de route adapté | Asphalte uniquement | Mixte / piste | Mixte / col / piste |
| Facilité d’accès | 5/5 | 3/5 | 3/5 |
| Résistance aux intempéries | 4/5 | 2/5 (sans sac interne) | 3/5 |
| Poids propre du système | 8 à 15 kg (kit complet) | 2 à 4 kg | 4 à 7 kg |
| Budget moyen | 600 à 900€ | 150 à 350€ | 250 à 450€ |
| Adapté en cas de chute | Non | Oui | Oui |
Comment lire ce tableau selon son profil : le motard routier pur qui reste sur asphalte 100% du temps ira vers Givi sans hésiter. Le baroudeur qui cherche les cols et les pistes orientera son choix vers Lone Rider ou Giant Loop. Le voyageur léger qui veut partir une semaine avec le strict nécessaire – Giant Loop seul, c’est suffisant et bien moins contraignant. Sur les forums spécialisés, on note que les motards qui enchaînent plusieurs roadtrips par an finissent souvent par investir dans un système rigide pour les routes principales, complété d’une sacoche souple pour la flexibilité.
Peut-on vraiment mixer valises rigides et sacoches souples sur le même vélo ?
Est-ce compatible de monter un top-case Givi ET une sacoche réservoir Giant Loop sur la même moto ?
Oui, dans la grande majorité des cas. Le top-case Givi se fixe sur une platine arrière spécifique au modèle de moto. La sacoche réservoir Giant Loop s’attache indépendamment sur le réservoir et le cadre avant, sans créer de conflit. Ce mix permet un gain de 15 à 20 litres supplémentaires sans ajouter de complexité mécanique. C’est une combinaison courante chez les motards qui partent longtemps et veulent garder les affaires du quotidien – carte, snacks, couche-soleil – à portée de main devant et les affaires de valeur derrière.
Une sacoche Giant Loop résiste-t-elle à une averse de 6 heures sur autoroute ?
Pas sans précaution. Les Giant Loop reçoivent un traitement DWR (Durable Water Repellent) en usine, mais ce n’est pas une membrane imperméable. Six heures sous une pluie battante à 110 km/h et l’humidité finit par passer au niveau des coutures. La solution : doubler systématiquement avec des sacs étanches internes pour l’électronique et les vêtements et garder une housse extérieure accessible. Sans ça, les affaires arrivent à destination légèrement humides. Pas catastrophique, mais évitable.
Quel système choisir si je chute sur gravier en Albanie ?
La bagagerie souple – Lone Rider ou Giant Loop – absorbe le choc et reste solidaire de la moto. Une valise rigide fixée sur platine peut s’arracher à l’impact et devenir un projectile. C’est un risque réel que les pilotes de trail et d’enduro signalent souvent. Sur piste, le souple ou le semi-rigide n’est pas seulement un confort – c’est un choix de sécurité.
Mon verdict : pour un vrai roadtrip Europe, j’emporte du souple devant et du rigide derrière
J’ai essayé les deux systèmes en conditions réelles. Quatorze jours dans les Balkans avec un kit tout-souple Giant Loop, dix jours Pyrénées-Cantabrie avec un kit Givi complet sur ma roadster. Et ma conclusion : ni l’un ni l’autre seul ne répond à tout.
Le meilleur setup que j’aie trouvé : des valises latérales rigides Givi pour les affaires de valeur et les vêtements techniques – étanchéité, antivol, accès rapide à l’étape. Et une sacoche de selle Lone Rider pour absorber le volume de consommables : nourriture, couche polaire supplémentaire, tapis de sol si je bivouaque une nuit. Ce mix couvre facilement 100 à 130 litres sans rendre la moto ingérable en largeur.
Mais j’ai observé des limites réelles : le système tout-rigide sur un trail de 200 kg sur piste, c’est trop large, trop lourd et les platines souffrent des vibrations prolongées sur gravier. Inversement, le système tout-souple sur une routière rapide manque de rigidité pour accéder aux affaires et ne protège pas assez le matériel électronique des intempéries.
Et le budget ? Soyons clairs : un système complet digne d’un roadtrip Europe sérieux coûte entre 800 et 1 200€ si on mixe Givi et Lone Rider. C’est un investissement qui dure dix ans. Moins cher que de rater un voyage parce qu’on avait mal préparé la bagagerie.
- Valises latérales Givi V37 (paire): 74 litres, sécurité, étanchéité – 200 à 320€
- Sacoche de selle Lone Rider MotoTail Bag: 70 litres extensibles – 300 à 450€
- Sacoche réservoir Giant Loop (petite taille): accès facile aux affaires du quotidien – 100 à 150€
- Sacs étanches internes Sea to Summit dans les parties souples – 30 à 60€
- Budget total estimé : 630 à 980€ selon les modèles choisis
